"Les joueurs de billard"

   

Quelle race étrange!
Je dirais même qu'elle vient d’une autre planète.
Il faut voir ces joueurs à l’oeuvre pour le croire.
Dire qu’au départ, ça semble un jeu naturel et plein de 
complaisance, d’amabilité et de respect mutuel, le fair-play, 
quoi!
Mais, il en n’est rien, croyez-moi!
Je les fréquente depuis ma tendre jeunesse et je peux les 
placer par catégories.

Il y a le requin, le barracuda, le chanteur, le braillard, le 
malchanceux, le parieur, le frustré, le colérique, le clan, le 
petit boss et finalement la galerie.
Je peux même apposer des prénoms et des noms de famille 
sur tout ce beau monde. Mais l’intérêt d’aucun ne serait servi 
en les dévoilant.

Parlons des catégories et que ceux qui se reconnaissent 
fassent amende honorable avec un peu d’humilité.

Le requin

 

C’est le genre de joueur qui s’amène et qui regarde les 
autres jouer pendant un certain temps, qui prend le temps 
d’analyser les forts, ceux qui sont bons et qui se contrôlent en 
ne laissant rien paraître et, les moins bons, ceux qui crient et 
les frustrés, enfin ceux qui démontrent un taux d’excitation 
émotive élevé. Ces derniers sont des proies faciles pour 
notre requin!
Sachant, qu’il peut capitaliser sur les faiblesses de sa 
victime, il sympathisera avec les déboires du perdant et lui 
offrira une “petite partie amicale”, il ira même jusqu’à lui offrir 
“des points”. Nous croirions même que c’est un acte de pure 
bonté de sa part.
Pas du tout!
Il fixera même les règles des gageures tout en prétendant 
que ça fait un bout de temps qu’il n’a pas joué et qu’il est 
tombé dans l’escalier le matin même et qu’il a mal au dos et 
de ce fait, qu’il a de la difficulté à se déplacer.
Il pourra même ajouter, s’il est bon acteur, qu’il est obligé de 
se mettre de la Murine dans les yeux car il a un problème de 
vision temporaire. Il voit double, le pauvre!
Toute cette mise en scène a pour but de détendre 
l’adversaire.

Ce squale des profondeurs initiera le jeu en perdant la 
première partie, tout en gagnant la deuxième, mais avec la 
noire seulement.
Enfin il perdra la troisième et la quatrième sur la bleue ou la 
rose.
Et pendant ce temps, il encensera sa victime sur la qualité de 
son jeu, l’assouplissant encore plus. Rappelez-vous la fable 
du renard et du corbeau.
À ce moment-là, la victime est mûre, parcequ’elle se prend 
pour Stephen Hendry et est certaine de battre n’importe qui y 
compris, vous l’avez deviné,.....le requin.

Mais le grand blanc a terminé ses cercles autour de sa proie 
et s’apprête à porter le grand coup. 
Il mentionne alors qu’il à droit de se refaire et d’essayer de 
reprendre l’argent perdu, tout en mentionnant innocemment 
que ses yeux lui font souffrir et qu’il a oublié ses gouttes à la 
maison. 
Il se demande comment il va terminer les parties.
On double les gageures.
La victime ayant déjà à son actif quelques sous, et voyant le 
requin presqu’à l’agonie, accepte de lui en enlever quelques 
uns de plus.

Les parties recommencent et le grand requin, rentre dans sa 
victime à grands coups de dents, arrachant les morceaux de 
sa gueule vorace et ne fait qu’une bouchée de l’infortuné qui 
n’a rien vu venir, mais qui a vu ses dollars s’envoler comme 
hirondelles effrayées par le faucon.
C’est y pas beau, ça?

Le barracuda.

 

Il est ce joueur plus brutal et moins subtil.
Dès son entrée, on sent qu’il est fort et qu’il ne te donnera 
pas de points ni te fera de cadeau ni te racontera d’histoires.
Il est là pour gagner, pas pour le plaisir du jeu social, il a un 
air de tueur, il le sait et il est en outre, sûr de lui. 
Il gage de fortes sommes qui souvent ne lui appartiennent 
pas car dans beaucoup d’occasions, il est financé par un 
tiers dont il n’est que l’exécutant.

Avec ce joueur, il ne faut pas lui donner la moindre occasion 
de trébucher, car, tel le poisson dont il porte le nom, il te 
tombera dessus, dents acérées, et te tranchera la jugulaire 
subito presto!
Après avoir gagné les parties, il promènera son regard autour 
de lui, fier de son travail, daigneras à peine jeter un coup 
d’oeil à ses victimes et s’en ira, tout simplement pendant que 
le “tiers” empochera l’argent tout en laissant, naturellement, 
sa part au barracuda.
C’est y pas beau, ça?

Le chanteur

 

C’est probablement le plus coloré de cette race, il possède 
un vaste répertoire de “chansons” et il les sait toutes.
Il commencera par te dire qu’il aime jouer avec toi parce qu’il 
“apprend” et qu’en te regardant jouer il “améliore” son jeu. Il 
te demandera des points, parce que, TOI, pour lui, tu es un 
dieu du billard et qu’il aimerait te ressembler.
Il te dit tout ça PENDANT que tu joues afin de te déconcentrer, 
et s’il réussit, il dira que tu es malchanceux d’avoir manqué la 
boule dans la poche, et que probablement, tu ne méritais pas 
cette déveine.

N’empêche qu’il essaiera de capitaliser sur cette erreur tout 
en étant fier de lui. Peut-être que sa chanson a quelque 
chose à voir avec l’erreur de son adversaire.


Il te dira, pendant que tu continues à jouer, qu’il aime ta 
baguette de billard et te demandera si c’est une Marcel 
Jacques et te félicitera sur ton choix. 
S’il est plus subtil, il te dira, aussi, que ça te fait bien, cette 
nouvelle coupe de cheveux et que ça te rajeunit.

Il ira même jusqu’à te demander de lui montrer quelques 
“trucs” car il te dira aussi que tu serais un bon professeur 
parce que tu as la patience et la pédagogie. Enfin, bref!

Rappelez-vous la fable du renard et du corbeau!

C’est y pas beau, ça?

Le braillard

 

Il est ce genre de joueur jamais content de ses coups ni ceux 
des autres.
Lorsqu’il joue, il dit souvent qu’il aurait pu faire mieux et 
déplore le fait que, s’il n’avait pas manqué la rouge dans le 
coin, il aurait sûrement inscrit une quarantaine de points ou 4 
ou 5 noires au tableau.

Il lui arrive souvent de lancer sa baguette sur la table ou 
lancer les boules d’un bout à l’autre de la table en sacrant, 
manquant de peu d’écraser les doigts des autres joueurs 
occupés à les ramasser.
Même lorsque l’autre partie s’amorce, il continue de jaspiner 
et de déblatérer sur la partie précédente.
Il est pessimiste et arrogant et n’écoute personne, il n’y a que 
lui qui sait jouer.
Lorsque quelqu’un fait, ce que nous appelons, un “trickshot”, 
il crie tout en sacrant, traitant l’autre de “merdeux” etc...
Mais, si c’est lui qui fait un “trickshot”, il rit et trouve ça normal, 
et il en rajoute disant que si c’est bon pour l’autre, c’est bon 
pour lui aussi.
Deux poids, deux mesures.

S’il joue en équipe, il n’écoute pas les recommandations de 
son partenaire, mais il dispense ses conseils, qui sont 
souvent des ordres, à son équipier.
Ce faisant, il met de la pression sur les épaules de l’autre et 
si le partenaire manque son coup, il lève les yeux au ciel tout 
en accusant son vis-à-vis d’avoir joué trop fort, trop mis de 
l’effet sur la blanche ou pas le bon, d’avoir fait un “stopshot” 
plutôt qu’un suivi etc.. etc.

Finalement, son partenaire en a ras le bol et explose, et la 
chicane s’engage. Son équipier généralement dévisse et 
s’en va et jure de ne plus jouer avec lui ou bien il veut lui 
fracasser le crâne avec une boule.

C’est que, voyez-vous, ce joueur n’aime pas perdre et il prend 
la défaite comme une insulte personnelle.
Il est un peu comme le docteur Jeckyll et mr Hyde, deux 
personnalités.
Lorsqu’il gagne, il sourit et rit même, il est de bonne humeur 
et il le dit à tout le monde.
Il a battu tel ou tel joueur avec tant de points de différence, le 
nombre de parties qu’il a gagné et le montant d’argent qu’il a 
empoché etc.....

Mais s’il a perdu, il ne rit pas et est de mauvaise humeur, 
voire même massacrante et il le dit à tout le monde, surtout le 
montant d’argent qu’il a perdu etc....

Pas jojo, ce mec!
Ultérieurement, il se retrouve seul et est mis au ban des 
autres joueurs.
C’est y pas beau, ça?

Le malchanceux

 

C’est le joueur qui n’est jamais chanceux et qui perd 
généralement ses parties. Il a toutes les déveines possibles, 
quelles que soient les manières qu’il adopte.
On lui donne des points, mais ça ne sert à rien, il ne sait pas 
se positionner, ne prend jamais la bonne boule de sortie, se 
risque sur un long coup et le rate, parce que la noire était 
belle à faire, disait-il!
Il ira même jusqu’à réussir un bon coup mais pour empocher 
la blanche. 
Rien ne roule pour lui!
Son adversaire, découragé, essaiera de l’aider en lui donnant 
quelques conseils amicaux et honnêtes, mais peine perdue, 
il n’écoutera que son amateurisme et sa présomption.
Il ne comprend pas pourquoi le destin s’acharne sur lui, il 
maudit le sort qui lui fait manquer les boules, dans les 
poches, selon ce qu’il dit.
Mais, il persévère à jouer quand même, convaincu qu’il y 
arrivera un jour.
Et pendant ce temps, l’adversaire, fait des rouges et des 
couleurs et accumule des points au tableau.
Notre malchanceux va souvent au comptoir pour y régler le 
montant des parties. Et il revient, assuré qu’il est, que son 
tour va venir.
C’est certain qu’un jour, ça va être son tour!

Mais en attendant, il délie les cordons de sa bourse et répand 
ses espèces sonnantes et trébuchantes sur la table qui au 
moins, sont garantes, non pas de la qualité de son jeu, mais 
de sa bonne foi.
Nul ne sera capable de lui enlever ça!
C’est y pas beau, ça?

Le parieur

 

Encore là, il faut faire attention de ne pas l'associer au requin 
ni au barracuda, car il n’a strictement rien à voir avec les 
précédents.
Il prend le pari comme une sorte de rituel normal et inévitable.
Il ne jouera pas s’il n’y a pas un “p’tit deux”. 
Comme d’habitude, dira-t-il!

Quelques fois, si c’est la dernière partie qui s’engage, il 
invitera ses adversaires à doubler la mise ou même aller 
jusqu’à cinq dollars.
Il est un bon joueur et plaisant de surcroît.

Il déteste les joueurs de mauvais poil, chialeux, braillards 
colériques et déprimés qui déversent sur lui leurs déboires 
affectifs.
Il aime les joueurs riants et de bonne humeur et il comprend 
qu’un joueur ayant manqué un bon coup ne se mettra 
sûrement pas à danser une gigue sur la table.
Il peut perdre 4 à 5 parties d’affilée mais ne se décourage 
jamais.
Il est convaincu que tant qu’il y a des boules sur la table, il y a 
espoir.
Il se donne pour mission de remonter la côte et de regagner 
ses sous perdus. Il arrive même qu’il fasse un quitte ou 
double de plusieurs parties, juste pour essayer d’être quitte, 
tout simplement.
Les paris pour lui, ne sont jamais un moyen pour financer sa 
Mercèdes ou sa Jaguar, mais plutôt un incitatif qui active ses 
neurones.
Il adore jouer. 
C’est un autre monde.
Il dit souvent de lui-même qu’il est “une guidoune de salle de 
pool” ne pouvant que difficilement refuser une invitation.
Il jouera avec n’importe qui contre n’importe qui.
Il se méfie, par contre, de certains joueurs qui sont trop 
chanceux avec les “trickshots” et qui inscrivent plusieurs 
points au tableau, mais ça fait partie du jeu et il ne se choque 
jamais. 
Il aime trop le billard pour le désacraliser.

Perdre pour lui n’est jamais une défaite ni une insulte 
personnelle, c’est toujours “partie remise”.
Et lorsque ça recommencera le lendemain, il y aura toujours 
“le p’tit deux”

Le frustré

 

C’est le joueur qui, sous des apparences aimables, peut 
changer d’un seul coup en une bête féroce et hargneuse.
C’est aussi le joueur qui possède autant de charisme qu’un 
rhinocéros myope et vindicatif .
Afin de se donner bonne contenance et pour satisfaire son 
ego, il a apprit à jouer au billard et est devenu très bon.

Mais, avec le temps, et surtout parce qu’il pratique moins au 
billard, d’autres joueurs éventuellement, le dépasse et ça, il 
ne le prend pas.
Constamment, il rappelle aux joueurs combien il était bon et il 
cite des joueurs “fameux” dit-il qu’il a battu avec des “runs” de 
80 à 100 points etc.... Il vit dans sa tête plus que dans la 
réalité, car lorsqu’il joue en équipe, il lui est difficile de faire 
une dizaine de points d’affilée, lui qui disait presque vider les 
tables auparavant.

Lors de parties, surtout en équipe, il lui arrive, lorsque frustré 
de ne pouvoir réussir ses coups, de quitter en maugréant tout 
en donnant maintes et savantes explications sur le pourquoi 
de sa piètre performance à la table.
S’il était moins orgueilleux et moins susceptible, il serait un 
joueur aimable avec lequel les autres aimeraient jouer, mais, 
n’étant pas le cas, il risque de se retrouver assis sur le banc 
plus souvent qu’à son tour.
Il lui arrive quelques fois de souffrir de délire de persécution 
et souvent il va aller même jusqu’à faire état de ses combats 
épiques avec ses antagonistes, lesquels ont été battus à 
plate couture, il va sans dire!

Il n’est pas bien dans sa peau et le fait savoir aux autres par 
divers biais, ce qui, à la longue devient agaçant. Il connaît 
beaucoup de choses et aurait pu faire un bon conférencier, 
enfin, bref! Il dérange souvent les joueurs lorsqu’il arrive et 
commence à raconter ses salades.
C’est malheureux, mais c’est comme ça qu’il est et rien au 
monde ni le discours ni la force ne le changera.
Il se promène entre deux eaux et croit que personne ne voit 
son manège.
Mais il n’a rien de plus visible que quelqu’un qui essaie de se 
dissimuler, c’est tellement évident.
Espérons qu’un jour, notre joueur frustré en mettra moins 
épais et moins souvent, alors il sera plus accepté à la table.

Le colérique

 

Lui, il est particulier!
C’est le joueur qui fait peur, ou qui essaie de faire peur.
Il se présente un peu comme un ours mal léché, comme une 
sorte de «p’tit beu» qui fonce sur tout et tous, il est aussi 
irascible qu’un tigre du Bengale avec un mal de dents.
S’il manque son coup, il descend tous les saints et le p’tit 
Jésus du ciel et veut les clouer sur le mur, son regard 
s’enflamme et il veut tout brûler devant lui. 
Malheur à celui qui se dresserait devant lui, il se ferait passer 
dessus comme par un rouleau compresseur.
Lorsqu’il gueule ou engueule, les gens se tassent de peur de 
recevoir une baffe.
S’il voit son adversaire réussir un bon coup “honnête” qui 
donne l’avantage, ça va, il le prend bien, mais si l’adversaire 
réussit un “trickshot” (une merde) et continue avec une “run” 
de 30 à 40 points, c’est l’explosion. C’est pas beau à voir!
Son regard s’assombrit, ses sourcils se froncent, la bave se 
dessine aux commissures des lèvres et on pressent le grand 
cri guttural qui sortira du tréfond de sa gorge. 
Ce n’est pas beau à entendre.

On dirait le cri primal du néandertal qui se fait voler son 
morceau de sanglier ou même sa femelle .
À ce moment-là, il sort sa massue et la fait tournoyer dans 
l’air. 
Il a le rictus hideux, les yeux presque sortis de leurs orbites et 
la mine patibulaire. Ce n’est pas un beau spectacle, mes 
aïeux!

Il est quand même d’une nature chanceuse et généreuse, 
sauf qu’il est imprévisible.
Impossible de prévoir ses réactions, on ne sait pas trop sur 
quel pied danser avec lui, surtout lorsqu’il ne sait même pas 
sur quelle mesure ou sur quel morceau de musique le tout 
se passera.
Mais, on l’aime quand même car il est un bon gars et 
plaisant, sauf lorsqu’il approche le stade dangereux. Le 
point où sa masse critique est soumise à l’échauffement dû 
à des contrariétés qui souvent sont des vétilles. Enfin, bref!

Le clan

 

Partout il existe, dans toutes les salles de billard!
On ne peut passer sous silence le clan après que l’on eut 
exposé les autres catégories.
Le clan est très bien structuré, il est composé de gens ayant 
à peu près la même politique du billard, le même respect de 
l’un et de l’autre, la même façon de percevoir les autres 
joueurs et surtout, il a cette faculté de bien choisir les joueurs 
avec qui il veut bien jouer.
Les membres se téléphonent, se donnent rendez-vous pour 
le billard.
Ce n’est pas n’importe quel joueur qui peut entrer dans ce 
clan.
Il faut y avoir payer ses dues, fait ses classes et passé ses 
examens avec succès, sinon, la porte est fermée.
Le clan vote sur les adhésions des nouveaux membres. 
Le nouveau sera astreint à une période d’essai. Il devra 
démontrer la raison pour laquelle le clan devrait l’incorporer.
S’il faillit à la tâche, s’il se conduit comme un goujat ou s’il 
énerve le clan, celui-ci le mettra au rancart pour une période 
de temps, mais sera prêt à le reprendre après qu’il aura 
comprit qu’il existe aussi le plaisir de jouer et qu’il n’est pas 
nécessaire de gagner à tout prix à chaque coup.

Le clan n’est pas outre sectaire, ce qu’il veut faire par contre, 
c’est d’essayer de se donner une qualité de jeu où il pourrait 
retrouver le plaisir de jouer au billard sans entendre chialer, 
brailler, être témoin d’accès de colère, de chicanes puériles. 
Il veut retrouver aussi le respect entre les joueurs avec 
humour et plaisir d’être.

Chaque salle de billard possède quelques clans composés 
de gens différents mais possédants tous le besoin de se 
donner une qualité de jeu.

Le p’tit boss

 

Bien spécial, celui-là!
La salle de billard............c’est à lui!
Il a sa table personnelle, la numéro 7 avec tapis neuf, s’il 
vous plaît!
Lorsqu’il entre dans la salle, la première chose qu’il fait, c’est 
d’aller voir si quelqu’un d’étrange joue à SA table.
Si oui, il s’assied sur le banc et regarde les joueurs dans les 
yeux semblant leur dire d’accélérer le processus de jeu.
Quelques fois, un des joueurs lui demandera s’il attend pour 
avoir cette table-là, il répondra presque toujours “Ne vous 
pressez pas, je vais prendre un café en attendant”.
En fait ce qu’il leur dit c’est de décrisser au plus vite, mais 
d’une façon polie.
C’est un personnage aimable et on recherche sa compagnie 
pour le plaisir de la conversation et du jeu. Il n’est pas fort au 
snooker, ce n’est pas un “A”, mais c’est un “B” ordinaire et il 
aime jouer et aussi choisir avec qui il jouera.

Pourquoi il est p’tit boss? 
Souvent, lors d’une discussion, à savoir qui jouera avec qui et 
pour combien et que la discussion stagne et s’en va nulle 
part rapidement, il s’impatientera et tranchera rapidement 
avec une décision sans appel que tous accepterons sans 
argumenter un mot de plus.
Ainsi la partie pourra débuter rapidement sans autre forme de 
procès
Il n’est pas plus malin ni ne possède plus de pouvoir que les 
autres, seulement, lorsque les joueurs lui CÈDENT le pouvoir 
ou ne disent mot lorsqu’il le prend, ils deviennent alors des 
subalternes et lui...le p’tit boss!
Simple comme la théorie sur la relativité d’Einstein.

Il fait partie du clan et possède à part égale son mot à dire.
Il jouit d’une certaine notoriété parmi ses pairs et il est 
heureux, il écoutera quiconque lui raconter toutes sortes 
d’aventures qui leur sont arrivées dans la semaine, et il ne se 
fera pas tordre le bras pour raconter les siennes.
Ça crée une sorte de va-et-vient verbal plaisant et qui fait 
partie intégrante dans la rencontre entre joueurs de billard.
Ce qu’il est aussi, c’est un homme de parole et il veut la 
réciproque.

Il jouera presque tous les jours ou soirs pour le plaisir d’un 
“p’tit deux” et participera aux tournois du mardi soir, même s’il 
sait que ses chances de gagner ne sont que de 50%, mais, il 
aime jouer et s’il perd, il se reprendra la semaine suivante.
Pourquoi encore il est “p’tit boss”? 
Eh bien, il n’aime pas que les choses traînent, alors il brasse 
les cages et ce faisant, le processus d’action en est souvent 
accéléré.
Il est conscient de sa position, mais s’il arrivait qu’un autre 
“p’tit boss” voulait prendre sa place, il se ferait un plaisir de la 
lui donner.
Il laisserait à un autre le soin de s’épivarder devant le groupe 
pendant qu’il s’amuserait à le regarder s’enfarger.
Dans le fond, le p’tit boss, s’amuse autant que la galerie qui 
le regarde.

La galerie.
C’est probablement la faune la plus étrange et la plus 
bigarrée que je connaisse.
Chacun de nous, lorsque nous sommes assis et regardons 
une partie de snooker, nous devenons «la galerie», on n’y 
échappe pas.
Si nous portons attention à ce qui est dit par cette assemblée 
de gens qui semble tout connaître du snooker, nous 
découvrons que les meilleures parties de billard se jouent 
justement..............par les membres de la galerie.

Il y a les gens qui, sont capables d’analyser la partie et de 
décider sur les meilleurs coups que tel ou tel joueur devrait 
jouer, sinon c’est la catastrophe naturelle et cela sans pour 
autant prendre une baguette pour jouer. 
Un type de la galerie dira que le joueur aurait du essayer la 
rouge dans le côté car il aurait eu la noire traverse coin afin 
de se placer dans une position de combiner au coin avec un 
léger ricochet sur la jaune, l’autre rouge ce qui lui aurait 
donner une position idéale cachée derrière une autre rouge 
qui enfin lui aurait permis de faire trois bandes et de frapper 
la rose traverse côté ce qui ensuite........etc, etc!
Et les membres de la galerie opineront du bonnet.
C’est y pas beau, ça?

C’est le genre de choses que l’on entend régulièrement, 
peut-être que j’exagère un peu, mais si peu, croyez-moi.
Ce sont des gens capables d’établir les cotations sur les 
joueurs, et personne n’oserait mettre en doute leurs 
capacités de jugement.

Tel joueur a bien évolué, diront-ils, il doit être rendu un «A». 
Là, ils se concertent et décident qu’en fait, c’est un «A» ni 
plus, ni moins.
Alors ils décident que ce nouveau «A» devra donner des 
points au «B» et aux autres de moindre acabit. Mais si le 
nouveau «A» refuse de donner des points aux autres, ils le 
traitent alors de requin et quelques fois, de pire encore.
Ce sont des gens, aussi, capables de mots malheureux, de 
phrases injurieuses, de petites remarques blessantes, de 
petits traits de dénigrement, de commérages sur les absents 
et souvent de petitesse à l’égard des joueurs présents.
Tout ça se veut le déclencheur par excellence de rires gras et 
épais faits pour amuser la galerie, qui aussi bête que les 
premiers acteurs de ce triste scénario. 
Mais, n’oubliez jamais que vous serez probablement les 
prochaines victimes.
Personne n’y échappe!

ÉPILOGUE

 

Il est presque certain que j’oublie quelques catégories, mais 
ce n’est qu’un survol, qu’un aperçu très sommaire de la 
faune “billardesque”........... je me permets ce néologisme.

Tout cela a été écrit sans méchanceté, mais en prenant 
comme acquis qu’il était important que nous nous arrêtions 
de temps en temps et que nous nous regardions afin de 
vérifier si nous sommes encore beaux ou si nous avons 
enlaidi face à nos semblables.
Pourquoi ne retrouverons-nous pas le simple plaisir du jeu 
sans la dure compétition morbide et omniprésente?
Pourquoi est-ce si difficile de s’entendre entre nous?
Vous me direz, que nous sommes de mentalités et de 
caractères différents, et vous auriez raison. 
Sauf qu’il est possible, et c’est la base de l’instinct grégaire, 
de trouver des moyens de pacifier ses instincts chicaniers et 
vivre en harmonie, même illusoire, avec ses semblables.
N’en veuillez pas à l’auteur de ces lignes, il n’a fait qu’étaler 
sur papier quelques observations, mais jamais un jugement.

“Nil nove sub sole”
«Rien de nouveau sous le soleil»

Gérard Bisson sca
Artiste- aquarelliste
Petit joueur de snooker.
Membre de clan
Membre de la galerie
Membre de la race humaine